Histoire

La Patrie – berceau de la guitare au Québec

La Patrie (source : Wikipédia)

La Patrie est un petit village des Cantons de l’Est situé au pied du massif du mont Mégantic. C’est dans cette magnifique région du Québec que l’on trouve les origines de l’industrie de la fabrication des guitares québécoises.

Encore aujourd’hui, la fabrication de guitares est au cœur de l’activité économique de cette région et s’étend désormais ailleurs au Québec et dans le monde.

Normand Boucher, le concepteur

Normand Boucher et son chien
(source : famille Boucher)

Né en 1917 à Coaticook, Normand Boucher apprivoise la musique dès l’âge de onze ans alors que son père lui fait cadeau d’une première guitare.

En 1940, il s’établit à La Patrie, où il fonde sa famille. Après avoir travaillé plusieurs années dans une scierie à titre d’ingénieur diesel, M. Boucher décide de se lancer en affaires comme menuisier. La musique demeure pendant ce temps au cœur des intérêts de la famille Boucher. Normand Boucher, lui-même, caresse depuis longtemps le rêve de fabriquer sa propre guitare.

C’est en 1967 que la demande persistante d’un de ses fils pousse Normand Boucher à concrétiser ce rêve. Grâce à son habileté, son ingéniosité, et son expérience de menuisier, il procède à la conception et la fabrication des outils essentiels à la construction d’une guitare acoustique; la première guitare Norman voit ainsi le jour.

La conception de ce premier instrument aura nécessité six mois. Une fois les cordes installées, la surprise est totale : l’instrument possède un son qui dépasse toute attente.

La naissance d’une entreprise

Moule d’un modèle dreadnought
(Source : famille Boucher)

Normand Boucher est convaincu que ses instruments pourraient plaire aux musiciens. Il vend ses guitares à des amis, des connaissances, ainsi qu’aux curieux et intéressés qui ont eu vent des réalisations de ce luthier exceptionnel. Les guitares Norman enr. est ainsi fondée en 1968, alors que plusieurs guitares seront produites dans le petit atelier de la rue Principale Sud.

La conception des instruments se base à l’origine sur les standards de l’époque, dont les guitares Martin, avec un barrage en X sous la table d’harmonie et une forme de caisse de type » dreadnought « .

Toutefois, la fixation du manche est unique : elle est boulonnée et le talon se situe à l’intérieur de la caisse. Il s’agit là d’un concept nouveau et très efficace pour régler la justesse de l’instrument, puisque le manche détachable peut être facilement ajusté ou même remplacé : un avantage notable dans notre climat rigoureux et changeant .

La croissance

La shop de Normand Boucher
La shop de Normand Boucher
(Source : famille Boucher)

Normand Boucher fait la rencontre du montréalais Robert Godin en 1970. Ce dernier, qui travaille au magasin de musique La Tosca de la rue St-Hubert à Montréal, est immédiatement séduit par les instruments fabriqués par M Boucher. Il lui propose de vendre ses guitares chez La Tosca, alors géré par Mme Alice Fillion.

Normand Boucher et Robert Godin unissent talents et passion : en 1972, M. Boucher devient président fondateur de la compagnie Les guitares Norman Inc., tandis que Godin fonde à Montréal la compagnie Sibécor, distributrice exclusive des guitares Norman. Cette alliance profitable permet au cours des années 70 une croissance importante de l’usine de La Patrie.

À l’ère « post-Woodstock », alors qu’un fort courant politique indépendantiste se propage au Québec, plusieurs artistes affichent fièrement leurs couleurs en jouant avec une guitare Norman fabriquée à La Patrie. Cette période de retour à la terre favorise l’utilisation d’instruments aux allures simples et fabriqués à la main, ici, au Québec.

Au cours de cette décennie, l’atelier devient, par l’exigence des commandes grandissantes, la première entreprise de guitares au Canada avec un chiffre de production annuelle de quelques milliers d’instruments.

Le feu et la reconstruction

La reconstruction de la shop
(Source : famille Boucher)

Au matin du 28 septembre 1980, le feu détruit complètement la « shop », comme on dit au village de La Patrie. Après réflexion, Normand Boucher décide, en grande partie par loyauté pour ses employés, de reconstruire l’usine et de poursuivre la production. Il est à ce moment âgé de 63 ans.

Moins de cinq mois plus tard, la nouvelle usine est prête et la production reprend.

Les années 80, une période de transition

Photo publicitaire des guitares Norman
(Source : famille Boucher)

À la suite de la reconstruction de l’usine, l’entreprise, qui produit exclusivement des produits acoustiques, connaît une situation financière difficile : les sonorités à tendance électroniques ont de plus en plus la cote, tant auprès des artistes que du public. Dès 1986, différents investisseurs locaux prennent la relève et assurent la gestion de la production et de la commercialisation des guitares Norman.

En 1989, la compagnie est acquise par Robert Godin, qui évolue de son côté depuis 1979. Il revoit certains détails de construction des guitares et poursuit la production de la marque de commerce. La guitare Norman demeure aujourd’hui une guitare de référence au Québec et ailleurs dans le monde. Elle est souvent identifiée comme étant « la guitare canadienne ».

La retraite

Normand Boucher au travail
(Source : famille Boucher)

Normand Boucher continue de fabriquer des guitares de façon artisanale depuis son petit atelier. Dans les dernières années de sa vie, il travaille à la mise au point d’un système de barrage du pont à effet de levier. Sa dernière invention permet d’alléger la tension des cordes sur la table d’harmonie.

Normand Boucher décède le 21 décembre 1997, à l’âge de 80 ans. Son œuvre fait de lui un grand pionnier des instruments à cordes au Canada. Il laisse derrière lui une industrie, une forte activité économique, en plus d’avoir participé à sa façon au Québec des années 70.

Rédaction : Martyne Boucher, Samira Boucher-Blal, Daniel Laroche et Martin Toussaint